samedi 12 décembre 2015

Dix jours pour faire mes preuves

A 8 h 25, jeudi 3 décembre, je sonne à la porte du magasin, accueillie cette fois-ci par la responsable, mademoiselle R. Elle est en charge de ce supermarché depuis trois ans. Très vite, j’ai compris que cette trentenaire au caractère bien trempé, aux longs cheveux blonds et au rire porteur, cherche une personne capable d’être polyvalente et de filer droit et surtout sur laquelle elle peut compter pour assurer le mois de décembre, une période charnière, grâce aux fêtes de fin d'année.

Dans cette chaîne de magasins, me prévient-elle d’emblée, « il y a certains codes  à respecter tel que le vouvoiement du responsable envers ses employés et le « monsieur, madame ou mademoiselle précédant le nom de famille. Mais entre eux, les salariés se tutoient, vous verrez et puis ici, on est une équipe sympa. »

J’ai ensuite signé tout un tas de papiers ainsi qu’un premier contrat courant jusqu’au 13 décembre : « C’est le temps de voir si le métier vous plaît, pour me permettre, à moi, de voir si vous êtes en capacité de l’exercer, et puis surtout si vous vous intégrez à l’équipe, parce que c’est super important », m’explique Mademoiselle R.

Après avoir donné ma taille de vêtements pour qu’elle me commande une chemise, un gilet et une veste au nom de l’enseigne (les pantalons, c’est seulement au bout de six mois d’ancienneté), elle me montre les vestiaires, la cuisine, m’explique qu’il faut « pointer » en notant ses heures, chaque jour, d’arrivée et de départ mais également de pause.
Puis elle me confie à mademoiselle M, de trois ans ma cadette. Elle a intégré l’équipe il y a deux ans, après que son BTS en banque ne lui ait pas ouvert les portes qu’elle espérait.

A 9heures tapantes, les premiers clients entrent dans le magasin, je porte un gilet sans manche bleu foncé avec une petite étiquette « à votre service ». Je m’installe à ma caisse. Je ne quitte pas mon petit cahier sur lequel je vais devoir noter les nombreuses consignes et conseils que va me prodiguer Mademoiselle M, tout au long de la journée. 




vendredi 11 décembre 2015

Un recrutement illico presto

Dans ma courte vie professionnelle, j’ai passé quelques entretiens mais jamais d’aussi surréalistes. Je n’avais pas prévu de postuler pour ce job d’employée commerciale dans un supermarché, avant qu’un concours de circonstances ne m’empêche d’honorer ma journée d’essai pour un autre travail. Deux jours seulement après avoir fait acte de candidature, je reçois un coup de fil du responsable de secteur me demandant de me présenter au supermarché en question le lendemain à 14 h 30. Mais petite surprise, au lieu qu'il ne s'agisse de celui  situé à quelques minutes de chez moi, le responsable m'annonce qu'il a commis une erreur sur le site de Pôle Emploi et qu'en fait, il est à une vingtaine de minutes de mon village. Vingt minutes qui se transforment en 40 minutes les matins à cause des embouteillages...

Comme convenu, je me présente à l’heure dite, le samedi. Je suis accueillie par le responsable adjoint du magasin, un grand brun, souriant, à peine plus âgé que moi. Il m’avoue n’avoir jamais effectué de recrutement et paraît de ce fait, très décontenancé. D’autant que parmi les CV qu’il détient, aucun ne correspond au mien ! J’ai appris plus tard qu’aucun des candidats – nous étions trois à avoir rendez-vous cet après-midi là-  ne s’était présenté à part moi.
Durant cet entretien, c’est moi qui pose les questions sur le profil du poste, le salaire dont il ignore le taux horaire, les horaires, dont l’amplitude lui échappe quelque peu, ainsi que sur les conditions de travail. Il ne me demande rien ni sur moi ni sur mon parcours, tout juste si j’ai déjà fait de la caisse. Ce à quoi je réponds que non, pas dans un supermarché tout du moins, mais que l’offre d’emploi était proposée aux débutants, raison pour laquelle je postule.
Je lui fais bonne impression : «  Sachez que je mets votre candidature en haut de la pile, vous me paraissez faire l’affaire. Pour exercer ce métier, il suffit de ne pas être trop bête et vous avez l’air d’avoir les capacités ! » me lance t-il avec un sourire un peu gêné, se demandant s’il ne vient pas de commettre une bévue. Et de m'assurer: « J’en parle à mon supérieur mais je vous rappelle ». Après avoir échangé une poignée de main, je ressors de mon entretien, d’une durée extrêmement rapide, à peine moins de 10 minutes.

En fin d’après-midi, Monsieur A. me rappelle me conviant à me présenter le jeudi suivant pour débuter mon travail de caissière.

NB: les petits boulots que j'ai effectués ou les entretiens que j'ai eus se sont basés sur un CV complètement bidon. D'après mon expérience, et mes nombreux échecs à être retenue pour passer des entretiens, une candidate "trop" diplômée n'a aucune chance d'être retenue pour des postes non qualifiés ou à bac + 2. Raisons avancées? « Il vaut mieux trouver dans votre branche car vous vous adapterez mal, vous ne vous entendrez pas forcément bien avec l'équipe...» Et tant pis, s'il faut manger pour vivre?... Personnellement, je crois que certains employeurs pensent que du moment que le candidat a un profil "trop intellectuel" par rapport au profil de poste, ils s'en moquent de savoir de ce qui motive la candidature et partent du principe qu'elle est vouée à l'échec.

jeudi 10 décembre 2015

Journaliste en immersion

Après m’être imaginée vétérinaire, puis avocate pénaliste suite à des études effectuées dans ce sens (mais pour cela, encore aurait-il fallu développer un talent particulier,  ou tout du moins, des notes satisfaisantes en droit privé),  j’ai décidé un jour où  C dans l’air présentée par Yves Calvi diffusait une émission portant sur la politique, de devenir journaliste. J’avais apprécié la manière dont les politologues, sondeurs, et journalistes politiques avaient décrypté l’actualité mais aussi leurs connaissances des sujets, leurs références à l’histoire politique et institutionnelle du pays ainsi que leur recul pour analyser les faits.
J’ai donc décidé de passer, après l’obtention de ma licence de droit, les concours d’entrée en école de journalisme.

En juin 2013, je sortais diplômée du centre universitaire d'enseignement du journalisme (CUEJ), le monde s’ouvrait à moi. S’en suivirent deux mois en presse quotidienne régionale (PQR) en Côte d’Or, puis 21 mois en presse hebdomadaire régionale (PHR), en Savoie, poste en CDI que je décidai de quitter de mon plein gré pour rejoindre la rédaction de Midi Libre, dans l’Hérault, le temps d’un été. Puis vint le temps des doutes, et des portes qui restent fermées. Car ce que je ne vous ai pas dit, c’est que j’aimerais travailler à Paris, afin de devenir journaliste politique.
Mais je n'ai pas choisi le chemin le plus simple pour aboutir: j'avais en effet, envie d'être d'abord localière pour terminer ma formation et apprendre ce que je n'avais pas totalement acquis en école. Les élections municipales puis départementales de mars 2014 et mars 2015 m'ont convaincue que m'installer quelques mois dans une ville me permettrait d'en apprendre plus sur ce territoire, de connaître les acteurs locaux, de côtoyer les habitants, leurs vies, leurs passions, sans compter que j'allais avoir l'occasion d'écrire sur la politique régulièrement.

En attendant de "monter à la capitale" au cours du premier trimestre 2016, de trouver des piges et peut-être même ici et là des CDD dans des journaux ou sites web dans la rubrique politique en vue de l'accroissement de la charge de travail avec les primaires du parti Les Républicains puis la campagne présidentielle en elle-même, j’ai décidé de m’essayer aux petits boulots. Et de me confronter à la réalité: y'a-t-il autant de boulots qu'on le dit? Les employeurs laissent-ils une chance à ceux qui font preuve de bonne volonté de montrer de quoi ils sont capables? 
En étant journaliste, mon métier c'est, entre autres, de rendre compte des faits, et de les analyser seule, où avec l'aide de spécialistes selon les points abordés. 
Avec ces petits jobs, l'expérience je la vis, plutôt que de me référer à celle de quelqu'un et c'est pour le moins, intéressant. 

L’histoire que je vais à présent vous conter se déroule dans un supermarché au nord-est de Besançon.

Quand j'étais petite...

Quand j’étais petite, je rêvais de devenir vétérinaire. Jusqu’à l’adolescence et mon stage de 3e pour être exacte. Cette année là, nous avions cinq jours à passer en entreprise. J’avais obtenu de ma mère qu’elle m’envoie chez le beau-frère d’un de ses amis, du côté de Beaulieu, en Corrèze. Après une semaine à piquer le cul des vaches malades, à marcher dans la boue et le crottin, à humer plus que de raison l’air de la campagne aux odeurs loin d'être toujours réjouissantes, j’ai réalisé ma première introspection. Il n’y a pas d’âge pour se remettre en question après tout !

Il faut dire que la réalité m’a vite rattrapée : à partir de mes 13- 14 ans, j’ai commencé à avoir de sérieux ennuis avec les mathématiques : sinus, cosinus, théorème de pythagore… tous ces noms barbares ne m’évoquaient rien. Et d’ailleurs, moins de temps je passais en leur compagnie, mieux je me portais. J’ai donc dû me résigner : effectuer des études de vétérinaire en étant une cancre en maths, paraissait impossible. D’autant que par la suite, mes résultats en physique et bio n’étaient pas dignes d’être retranscrits dans les annales, malgré, il faut quand même l’avouer, ma bonne volonté. N’en doutez point, mes anciens professeurs pourraient vous l’assurer.

Pourtant, tout avait bien commencé : mes racines paysannes existaient !
Arrière petite-fille d’un couple d’agriculteurs possédant un grand domaine dans une petite commune du Cher, enfant, j’ai baigné dans un univers entouré d’animaux. Quand j’allais en vacances chez mes grands-parents paternels, je me levais tôt pour accompagner mon papy, promener les moutons, ou assister à leur tonte ; à donner à manger aux cochons ; aux poules ; aux lapins, ces derniers étant tués régulièrement car se reproduisant très vite.  Sans oublier les oies, les pigeons ou encore les jars. Combien de fois-je d’ailleurs me suis-je faite courser par ces méchantes bêtes !
Aux alentours de 10 heures, un rituel s'imposait: on revenait pour le casse-croûte que nous préparait ma grand-mère : au menu, de la bonne charcuterie avec un verre de vin rouge pour lui, et un verra de sirop pour moi. Ce sont des souvenirs mémorables.