De la nourriture pourtant encore consommable est jetée quotidiennement.
C'est un rituel auquel il est impossible de déroger et pour cause: dans un magasin d'alimentation, la plupart des
denrées sont périssables et de ce fait, soumises à des règles d'hygiène très
strictes. Chaque matin donc, un des employés a pour tâche d'effectuer "le
contrôle fraîcheur" dans plusieurs rayons: fruits et légumes, viandes, et
frais.
Les viandes, par exemple, peuvent être vendues
jusqu'à J+1 et soumises à promotion mais la plupart du temps, elles ne sont pas
proposées à la clientèle après terme car le contrôle effectué en amont est
rigoureux.
En ce qui concerne les fruits et légumes,
l'appréciation est très objective: une banane un peu "piquée",
c'est-à-dire avec des points noirs visibles, sera retirée de la vente, comme un
kaki qui commencerait à être un peu mou ou une endive dont le bout des feuilles
commence à peine à prendre un ton légèrement marron. Le problème, c'est que
lorsque ces produits font partie de lots, c'est l'ensemble du lot qui est
retiré de la vente car la plupart du temps, les sachets sont en plastique. En
ce qui concerne les filets d'oranges ou de mandarines, l'astuce consiste à
ouvrir le filet, à remplacer par les fruits en vrac, "les manquants",
et à refermer le filet. Ce qui évite un trop grand gaspillage. Car finalement,
c'est la conséquence fâcheuse, le gros point noir d'un contrôle fraîcheur
strict imposé par l'enseigne, mais découlant de normes françaises et
européennes. Sans compter qu'effectivement, un client sera toujours plus
attitré par un beau fruit ou joli légume bien lisse et coloré à souhait. Chaque
matin, ce sont plusieurs kilos de produits qui partent à la poubelle et ça fait
franchement mal au coeur. Il fut un temps où un paysan du coin, m'a t-on
raconté- venait chercher les sacs entiers pour nourrir ses animaux
mais depuis quelques semaines, il est aux abonnés absent. Le supermarché n'a
pas de partenariat avec des associations caritatives telles que la banque
alimentaire ou les Restaus du Coeur, de fait, une nourriture encore
largement consommable est régulièrement gaspillée.
On m'a assuré que des gens venaient récupérer les
sacs et y effectuer leur tri. N'est-ce pas triste que dans la France de
2015, certains soient obligés de faire les poubelles des supermarchés pour
se nourrir ou pour faire des économies sur l'alimentation?
A ce propos, l'Assemblée nationale a adopté, à
l'unanimité, mercredi 9 décembre un ensemble de mesures visant à
lutter contre le gaspillage (voir ce lien). Et même si la grande
distribution n'est responsable de ce gâchis alimentaire qu'à hauteur
de 5%, si demain, le taux approchait zéro on ne s'en porterait pas plus mal.
Ensuite, le débat est ouvert. Monsieur G,
d'ordinaire pas très loquace et enclin à
argumenter considère que ce n'est pas le rôle des grandes surfaces que de
faire "l'aumône". Autrement dit que ce ne sont pas à elles d'assurer
aux plus démunis de quoi s'alimenter et que c'est à cause de l'Etat « qu'on
n'en est là ». « Si l'Etat versait des revenus corrects aux gens pour
consommer quand ils sont dans la difficulté, ils n'auraient pas besoin
de recourir à cette situation extrême des poubelles. » Et de renchérir:
« L'Etat doit assurer le lien entre les associations et la grande
distribution pour récupérer la nourriture non vendable tout en favorisant ce
procédé. » En gros, il voudrait que l'Etat file une ristourne fiscale
aux supermarchés parce que la bouffe qu'ils ne donnent pas à leurs
clients, ce sont les pauvres qui la récupèrent et sur leurs dos, en plus.
Sans
trop exagérer, je crois être fidèle à la pensée de monsieur G. J'aurais bien voulu discuter davantage mais j'avais justement la tâche d'assurer le contrôle fraîcheur des fruits et légumes ce jour-là.


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