Ma main me servant d'antisèche.
Il y a la
célèbre phrase de Jacques Séguéla « Si à 50 ans, on n'a pas de Rolex,
on a quand même raté sa vie » et puis il y a toutes ses
adaptations dont la mienne: « Si en tant que caissière, tu ne réussis pas à passer 3000 articles par heure, alors t'as un peu raté ta vie! »
Bon
heureusement qu'il ne s'agit pas pour moi de faire carrière dans ce domaine
d'activité parce que ça fait quatre jours que je stagne à seulement 2300
articles à l'heure. Mais mademoiselle R, ma responsable se veut encourageante: « Vous
grimpez, lentement mais sûrement! » Ce à quoi j'ai répondu: « Oui
mais en fait, je me prends mon temps ». (Et je me suis abstenue de lui
dire que j'avais fait une pointe à 2500 un jour où elle était en congé
;-))
Après
tout, je ne suis qu'en CDD, je ne gagne pas de prime de rendement, en plus de
mon salaire alors pourquoi m'évertuer à aller vite pour rien? Si ce n'est pour
le fun car le challenge consiste à rattraper les collègues qui eux, sont
de vraies machines et touchent plusieurs dizaines d'euros supplémentaires tous
les mois grâce à leur efficacité en caisse.
La chaîne
de magasins pour laquelle je travaille aime bien chronométrer ses employés et
notamment en caisse où sont comptabilisés plusieurs paramètres: le nombre
d'articles par heure donc, mais également le temps d'encaissement, le temps
entre le moment où on appuie sur la touche "Total" et sur la touche
correspondant au moyen de paiement, le temps que l'on met à refermer le
tiroir... Ils sont un peu frappés dans cette boîte quand j'y pense. Mais mes
collègues n'ont pas l'air traumatisé, tout juste mademoiselle M m'a-t-elle fait
remarquer dernièrement, qu'elle avait été ce jour-là juste en dessous des 3000
articles, à 2998, histoire d'être légèrement énervée en fin de journée.
La
meilleure coach pour devenir la caissière de l'année, c'est madame B, une
petite blonde potelée, au rire rafraîchissant, présente dans la boîte
depuis huit ans et demi et qui compte bien y rester encore 18 mois « histoire
d'obtenir la prime pour services rendus après dix années de dur labeur ».
Le 2e ou 3e jour, elle était en caisse 2, épiait les
moindres de mes faits et gestes (en même temps qu'elle faisait elle-même son
taf) et me répétait sans arrêt "Total!" "Total"
"Total"! Afin que je prenne le rythme et ne laisse pas filer
des centièmes de secondes passés inutilement entre le dernier article et
le début de l'encaissement. Ou alors pour me rappeler que pour arrêter le
décompte, il faut taper un code (notamment après l'encaissement d'un client et
que le prochain a un gros caddie à décharger, il faut arrêter sa caisse et ne
reprendre qu'un fois le client est passé devant nous avec son chariot). Madame
E, elle est cool alors quand elle a compris qu'elle me saoulait un peu
elle est venue me glisser à l'oreille: « Si je suis derrière vous, c'est
pour que vous soyez opérationnelle le plus vite et que vous preniez les bonnes
manières. »
Sauf que
pour être efficace, il faut maîtriser la chaîne de A à Z or:
- les
clients lents, ils existent. Pourtant, j'essaie de les mettre dans le rythme
mais bon, ce n'est pas donné à tout le monde;
- les
codes des légumes et des fruits pour la pesée, ce n'est pas en quelques jours
que je peux tous les apprendre par coeur, d'autant que régulièrement il y a de
nouveaux produits qui prennent place et donc de nouveaux codes à se souvenir.
Mademoiselle R m'a refilé un vieux répertoire avec des pages volantes pour m'en
sortir mais c'est un peu la galère. Heureusement, mademoiselle M a été
régulièrement ma "sauveuse" au début. Je n'avais qu'à brandir mon
fruit ou légume et elle dégainait plus vite que son ombre pour me donner le
code à entrer.
Maintenant
que j'ai pris de l'assurance dans le passage des articles et l'encaissement, je
me concentre davantage sur l'apprentissage des codes mais il m'arrive
d'effectuer des tests: "Poires rondes, c'est 89 ou 87 ?" Et
quand je me trompe, ça ne fait que deux lignes sur le ticket de caisse des
clients en plus! ;-)
- les
rouleaux des TPE à changer;
- le
client qui vient te demander un jeton ou un remboursement ou un échange ou
une info;
Bref, je
me donne jusqu'au 24 pour arriver à 3000 articles par heure, histoire de
montrer que j'en ai sous le pied, comme dit l'expression ;-)
PS: cette notion de rendement s'exprime dans la manière d'agir au quotidien. Mademoiselle R trouve inadmissible qu'un employé reste inoccupé pendant quelques minutes car selon elle, "il y a toujours quelque chose à faire". Et c'est vrai que parfois, après le rush, il se peut que je prenne deux minutes pour rester en caisse pour me (re)poser mais ce n'est pas compris. D'ailleurs, les employés sont toujours occupés, c'est simple, parfois, on dirait des machines. Cette course au rendement déshumanise en partie le travail.
PS: cette notion de rendement s'exprime dans la manière d'agir au quotidien. Mademoiselle R trouve inadmissible qu'un employé reste inoccupé pendant quelques minutes car selon elle, "il y a toujours quelque chose à faire". Et c'est vrai que parfois, après le rush, il se peut que je prenne deux minutes pour rester en caisse pour me (re)poser mais ce n'est pas compris. D'ailleurs, les employés sont toujours occupés, c'est simple, parfois, on dirait des machines. Cette course au rendement déshumanise en partie le travail.

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