dimanche 20 décembre 2015

Causeries quotidiennes


Les conversations de comptoir n'ont jamais été ma tasse de thé. Entretenir une discussion avec la coiffeuse lorsque je me fais couper les cheveux non plus, car les sujets abordés sont généralement ennuyeux et banals. 

Mais j'ai assez vite compris que la plupart des clients étaient à la recherche de ce genre d'échanges avec la caissière de leur supermarché du coin. Car s'ils viennent dans ce magasin, ce sont d'abord pour des raisons évidentes, telles que la variété des produits, la surface, le prix attractif, mais aussi parce qu'ils sont toujours bien accueillis et notamment en caisse où finalement chacun des employés fait l'effort d'engager la conversation, de glisser un petit mot sympa, de rendre un sourire... Pour certains clients, et notamment les plus âgés d'entre eux ou ceux se trouvant au ban de la société, nous sommes les seules personnes qu'ils verront de la journée, nous sommes un peu comme leur rayon de soleil. Car contrairement aux grandes surfaces classiques, nous sommes certes un magasin important en termes de chiffre d'affaire, mais nous sommes une petite équipe. L'ambiance qui y règne est conviviale, chaleureuse entre les employés et elle se ressent dans la manière de traiter les clients, c'est du moins l'impression que j'ai. 

Alors j'ai pris sur moi pour correspondre aux attentes des clients: que j'encaisse correctement et que je sois aimable et souriante. Car ils sont exigeants. Quelques uns m'ont fait remarquer que ma responsable, mademoiselle R, n'était pas toujours très aimable. L'un d'entre eux m'a même dit qu'il lui achèterait un sourire pour Noël! Preuve qu'ils sont attentifs à la manière dont ils sont reçus et même si mademoiselle R n'est pas toujours commode, elle a un bon fond. Et en caisse, elle est souvent rigolote. Elle a toujours un bon mot ou une réflexion marrante à lancer, du genre: une après-midi, une cliente vient me voir me demandant si je n'avais pas quelque chose pour l'aider à retirer son jeton coincé dans le caddie. J'appelle ma responsable: " Vous n'auriez pas un petit truc pour aider madame à retirer son jeton du caddie? Elle répond avec un sourire légèrement dissimulé: " Le petit truc... c'est moi et mon tournevis, ça vous va madame?" 

D'une semaine à l'autre, voire d'un jour à l'autre, on retrouve les habitués, et madame B, depuis le temps qu'elle est employée dans ce magasin, commence à connaître tout le monde. Ce qui fait qu'elle parle des travaux dans sa maison, répond quand les clients la questionnent sur la difficulté du métier, évoquent ses enfants... et les clients ont l'air d'apprécier les échanges car ils sont nombreux à me demander où elle est quand elle ne travaille pas. Il faut dire que cette femme truculente est également à elle seule un sketch. Toujours un mot pour rire, possède un humour parfois caustique, n'a pas peur de dire aux messieurs quand ils sont spectateurs et quand leurs femmes font tout le boulot. Bref, les clients se marrent bien avec elle aussi. 

La grande majorité des gens est super sympa, par conséquent, d'un effort, c'est devenu très vite un plaisir d'échanger avec eux. Ce sont des petits moments furtifs distillés tout au long de la journée au gré des humeurs de chacun. 



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